Michel J. Cuny et Françoise Petitdemange, Brassens, Brel, Ferré - Trois voix pour chanter l'amour, essai, 2003, 280 pages, 23 euros.

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12____BVidéo : Brassens, Brel, Ferré 
Vercors juin 2013

   

Un troubadour,

un chevalier,

un poète...

   "Avec le recul du temps, nous sentons bien que, de façon plus générale, nous leur devons quelque chose de ce meilleur que nous rencontrons parfois autour de nous et en nous. Il semble même qu'il nous soit désormais impossible de vivre, de penser, de sentir comme nous l'eussions fait sans eux."

   Il y a d'abord ce troubadour qui sait si bien entrelacer les mots et les sons... "Sur quel décor d'amour va se lever le rideau rouge où déjà s'inscrit l'ombre de Georges Brassens, en même temps que la silhouette si féminine de sa guitare? Si celle-ci a quitté son étui pour paraître devant nos yeux attentifs, lui, nous le connaissons bien : pudique jusqu'à se saisir d'elle avec la délicatesse de l'amant du premier jour."

   "Et, tout à coup, Dans l'eau de la claire fontaine, il y a du monde, et du beau monde. C'est à n'y pas croire! Du bois nu de la compagne des soirées de triomphe à la nudité de cette fausse nymphe qui sait parfaitement jouer de l'exaltation produite par l'aller-retour du voile recouvrant ses charmes, nous cherchons, dans la hâte et l'égarement, le dessin idéal de la feuille de vigne si nécessaire..."

   Puis, caracolant, voici le chevalier qui arrive en faisant des moulinets avec ses bras. Bientôt... "Une silhouette quelque peu dégingandée sort de l'ombre pour effeuiller, sur un air de tango, le joli temps des roses. Tout homme garde, au creux de son enfance, le souvenir d'une charmante cousine, qu'elle se prénomme Rosa ou Jocelyne, pour laquelle il a eu, gamin, des inclinations toutes particulières."

   "Pour le petit Jacques, nul doute qu'une Rosa latinement déclinée en choeur sur un ton ânonné, entre les quatre murs d'une salle de classe, dans un collège tenu par des soutanes à l'aspect rigide, pouvait prendre n'importe quelle place dans une phrase mais ne pouvait absolument pas exhaler le parfum de la petite Rosa, au teint rose et frais, et à la peau délicate comme du velours. Elle avait, en elle, de quoi faire perdre, à un cousin même très sage, le peu de latin qu'il savait : "C'est le temps où j'étais dernier / Car ce tango rosa rosae / J'inclinais à lui préférer / Déjà ma cousine Rosa."

   À la fin, par trop clignant des yeux dans le rond de lumière, le poète parfois s'assied à l'ombre de son piano...

   "Et tandis qu'Elle tourne... la terre, voici Léo Ferré tout en rouge, tout en noir : "Vas-y la terre... moi j' suis pas pressé!" Plus vite venu (1916 : cinq ans avant Brassens, treize avant Brel), et plus tard reparti (1993 : douze ans après Brassens, quinze après Brel), l'homme du Rocher n'en finit pas aujourd'hui de fouailler notre imagination en nous contraignant à utiliser tout ce que nous avons de sensibilité et d'intelligence pour le suivre du côté de la roulette de la vie, à deux pas des tempêtes fondant sur l'île Du Guesclin, et parmi les fantômes de Pépée et de Zaza qu'on voit rôder encore le long des murailles du château de Perdrigal."

   S'ils ont emboîté trop tôt le pas à la dernière épouse, n'en demeure pas moins le bel ouvrage que chacun nous a laissé comme un unique et digne héritage...