Michel J. Cuny - Une femme très ordinaire, roman, 1976, 115 pages, 12 euros.

 

 

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  Dès les toutes premières phrases de ce roman, un phénomène particulier se manifeste...

  "Déjà l'entrée de la ville. Vous faites, une fois encore, l'inventaire de ce que l'on doit emporter, dans ces occasions. A côté de vous, Claudine ne dit rien. Vous hésitez à tourner votre visage vers le sien. Il ne faut pas la distraire... "

  Ce vouvoiement fait immédiatement songer à "La modification" de Michel Butor. Mais la deuxième page annonce autre chose...

  "Vous savez qu'il faut fuir sans tarder. Mais tu restes là, désemparée, le corps amolli. Tu sens dans ta main ton léger bagage, dans tes yeux des larmes inopinées. Tu lèves la main gauche maladroitement, peut-être ridiculement. Tu balbuties un au-revoir."

  Or, bientôt, et comme tout un chacun de nous lorsqu'il se trouve dans la nécessité de surmonter tel ou tel trouble, le personnage sait se "reprendre" :

  "Tu tournes le dos, enfin, et tu pousses la porte. Elle résiste. Vous remarquez aussitôt la boue qui est répandue sur les petits carrés de ciment. Vous avancez d'un pas que vous voulez ferme. Tout va bien."

  Le 22 novembre 1977, Michel J. Cuny déclarait, lors d'une conférence prononcée à Saint-Dié (Vosges) :

      "Ce roman a été construit à la suite d'une réflexion sur les fonctions du langage dans la société occidentale contemporaine.

      Il porte en lui-même, de façon claire, la faille qui divise chacun de nous intérieurement et qui se nomme aliénation, c'est-à-dire le fait d'échapper à soi. Notre être-dans-le-monde nous est volé par le discours social qui nous hante et qui nous investit, bon gré, mal gré. J'appelle "être-dans-le-monde", la perception que nous avons ou que nous n'avons pas de notre liberté d'êtres humains, et l'usage que nous faisons ou que nous ne faisons pas de cette liberté.

      Plus simplement... La distinction tu/vous est le lieu où se joue le malheur de Simone et le nôtre."