Michel J. Cuny - Folles errances - ou l'amour déchiré, roman, 1993, 115 pages, 12 euros.

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   Publié en 1993, alors qu'il avait été rédigé dix-huit ans plus tôt sans que les "échafaudages" qui multipliaient indûment son volume par trois aient pu, auparavant, lui être enlevés, ce roman déploie une situation d'amour qui se joue uniquement sur le rapport de paroles saisies dans une poésie du déchirement, qui elle-même n'a d'autre raison d'être que la ferme volonté d'accentuer la "courtoisie" de l'amour...

   Amour courtois, donc : "Ta belle exubérance, Écorchée de tes pleurs, Se tapit en silence, Sous un rien de pâleur."

   Mais amour courtois que l'on voit entrer ici dans la réciprocité... qui fait de ce roman le lieu d'une rencontre conséquemment aussi inouïe que désespérée :

   "- Avec toi, toujours... Tu es revenu, je te garde... J'ai le vent de ta vie pour faire battre mon étendard. Connais-tu d'autres rivages que le mien?

     - Oui, princesse attendue, et j'y retournerai...

     Il reprend lentement :

      - Et j'y retournerai."

   C'est donc au plus serré de la rencontre, que l'amour se découvre comme ce qui va aussi loin que possible dans la direction de la déchirure. Car, tout de même, la mort attend aussi, et peut-être surtout, ceux et celles qui osent le pari du grand amour :

   "- Je t'accueille pour réponse immédiate à toute ma vie d'ici face à ton sourire. Multiplie aussitôt ma parole, si tu peux. L'excellence de notre présent se devine à l'ombre que ne voici plus impalpable... Marie! ciel de souvenirs sur moi relevés, je trépigne de la phrase d'ensuite!...

     - Je te la distribue toute par la prudence, ainsi faite, de mon corps avoué. L'échouage en est assuré, autant que je puis croire. Et le plus lointain soleil, si je l'osais, serait trop pâle à cette soirée de candeur et d'ivresse surtout..."

   Petite affaire, dans le monde ainsi qu'il va, ainsi qu'il dévale!...