Michel J. Cuny et Françoise Petitdemange

Chemins d'écriture

15 avril 2008

Entretiens avec Karl Marx, Friedrich Engels, Vladimir Ilitch Lénine

Michel J. Cuny - Entretiens avec Karl Marx, Friedrich Engels, Vladimir Ilitch Lénine, Éditions Paroles Vives, 2008, 478 pages, 29 euros (port compris).

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   Cet ouvrage est constitué d'une série de quatorze entretiens qui s'échelonnent sur une période allant de 1848 à 1918. Il fait apparaître, tour à tour, Karl Marx (à 5 reprises), Friedrich Engels (4), Vladimir Ilitch Lénine (5). Les propos que ceux-ci tiennent sont tirés - dans le mot à mot de la traduction française et avec toutes les références nécessaires - de leurs livres, correspondances ou articles de presse, en respectant les concordances de temps entre la date de rédaction des textes choisis et la date des conversations où ils apparaissent.

   En face de Marx, puis d'Engels, voici Anselme, un des acteurs anonymes de la révolution de 1848 et de la Commune de Paris ; et, bien plus tard, voici Germain, son petit-fils, en face de Lénine...

   Retenons trois échanges significatifs :

   (À Bruxelles, le 24 janvier 1848)

   Anselme : - Mais, puisque les communistes ne songent pas à mettre en cause les biens personnels de l'ouvrier, ne peut-on leur refuser le droit de s'en prendre à ces mêmes biens personnels que sont les capitaux?

   Karl Marx : - Être capitaliste, c'est occuper dans la production non seulement une position personnelle, mais encore une position sociale. Le capital est le produit d'un travail collectif et ne peut être mis en mouvement que par l'activité commune d'un grand nombre de membres de la société, voire, en dernier résultat, de tous ses membres. Par conséquent, le capital n'est pas une puissance personnelle, c'est une puissance sociale.

   Anselme : - L'expropriation du capital n'est donc qu'un retour à la société, et plus particulièrement à ceux dont seul le travail a permis la formation de ce capital, des moyens de production issus de toute l'histoire humaine. Au-delà de ces moyens de production, il y a les produits de subsistance, les produits culturels, etc..., bref l'ensemble des produits sociaux qui entrent dans la consommation... Quel sort leur est réservé?

   Karl Marx : - Le communisme n'enlève à personne le pouvoir de s'approprier les produits sociaux ; il n'ôte que le pouvoir de s'assujettir, par cette appropriation, le travail d'autrui.

  (À Londres, 29 octobre 1894)

  Anselme : - Une question d'un tout autre ordre me vient maintenant à l'esprit... Comme vous le savez, l'idée a été avancée que la nationalisation pourrait représenter une étape significative dans la lutte entre le travail et le capital. Qu'en pensez-vous?

   Friedrich Engels : - C'est là justement le point sensible : tant que les classes possédantes tiennent la barre, toute nationalisation ne constitue pas une suppression de l'exploitation, mais simplement un changement de forme de celle-ci ; ceci n'est pas moins vrai dans la République française, américaine ou suisse que dans l'Europe centrale monarchique ou l'Europe orientale despotique.

   Anselme : - Il s'agit donc, avant toute nationalisation, de chasser de la barre les classes possédantes.

   Friedrich Engels : - Et pour chasser de la barre les classes possédantes, nous avons besoin d'abord d'une révolution dans les têtes des masses ouvrières, comme il s'en produit une actuellement - avec une lenteur relative, il est vrai, - et pour amener celle-ci nous avons besoin d'un rythme encore plus rapide dans la révolution des méthodes de production, davantage de machines, davantage de licenciements d'ouvriers, davantage de faillites de paysans et de petits-bourgeois, nous avons besoin que les conséquences inévitables de la grande industrie moderne soient plus palpables et plus massives.

   (À Vyborg, en Finlande, le 15 mars 1917)

   Germain : - Lorsque vous insistez vigoureusement sur la nécessité, pour le prolétariat, de s'armer lui-même, l'exemple malheureux de juin 1848 vous donne immédiatement raison... Certains ne se feraient cependant pas faute de vous accuser de vouloir préparer la prise de pouvoir à travers l'action violente de révolutionnaires professionnels dûment organisés...

   Vladimir Ilitch Lénine : - ...j'ai formellement invoqué l'expérience de la Commune de Paris. Or, on le sait, et Marx l'a démontré minutieusement en 1871 et Engels en 1891, cette expérience a absolument exclu le blanquisme, elle a assuré la domination directe, immédiate, inconditionnée de la majorité et l'activité des masses uniquement dans la mesure où cette majorité elle-même s'affirme de façon consciente.

   Germain : - Ainsi, même une majorité aveugle, mais conduite par une avant-garde révolutionnaire consciente des enjeux de la situation, ne saurait convenir...

    Vladimir Ilitch Lénine : - Pour devenir le Pouvoir, les ouvriers conscients doivent conquérir la majorité : aussi longtemps qu'aucune violence n'est exercée sur les masses, il n'existe pas d'autre chemin pour arriver au pouvoir. Nous ne sommes pas des blanquistes, des partisans de la prise de pouvoir par une minorité.

 



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