10 avril 2008
Le défi d'une écriture indépendante
Dès 1976, Michel J. Cuny et Françoise Petitdemange ont décidé de publier eux-mêmes leurs ouvrages.
Bien que fort jeunes et assez peu initié(e) en matière d'édition, il leur semblait nécessaire de prendre, dès le début, une voie qui permette à leur plume de ne jamais devenir serve.
Par ailleurs, pour eux, l'écriture ne pouvait se borner à être une activité ludique ou une création réservée à soi et à ses plus proches. Elle devait faire ses preuves sur la scène sociale et en recueillir les moyens de se multiplier en assurant la survie quotidienne de ses auteur et auteuse.
Trente-trois ans se sont écoulés depuis... Trente-trois ans durant lesquels, de la première à la dernière minute, il aura été question, pour eux, de vivre uniquement de l'écriture de leurs livres, et de développer les contenus de recherche et les variations de style dont on pourra découvrir ici le petit bout de l'oreille...
Tous les ouvrages présentés ci-dessous sont reliés par couture et peuvent être, sur demande, revêtus d'une dédicace. Pour tarif spécial à partir de deux exemplaires commandés, du même titre ou non, nous consulter à l'adresse suivante : mjcuny.fpetitdemange@orange.fr
01 mai 2008
...par les chemins...
10 juin 2008
...parsemés de fleurs... ...fréquentés par...
17 juin 2008
Une femme très ordinaire
Michel J. Cuny - Une femme très ordinaire, roman, 1976, 115 pages, 12 euros (port compris)
Dès les toutes premières phrases de ce roman, un phénomène particulier se manifeste...
"Déjà l'entrée de la ville. Vous faites, une fois encore, l'inventaire de ce que l'on doit emporter, dans ces occasions. A côté de vous, Claudine ne dit rien. Vous hésitez à tourner votre visage vers le sien. Il ne faut pas la distraire... "
Ce vouvoiement fait immédiatement songer à "La modification" de Michel Butor. Mais la deuxième page annonce autre chose...
"Vous savez qu'il faut fuir sans tarder. Mais tu restes là, désemparée, le corps amolli. Tu sens dans ta main ton léger bagage, dans tes yeux des larmes inopinées. Tu lèves la main gauche maladroitement, peut-être ridiculement. Tu balbuties un au-revoir."
Or, bientôt, et comme tout un chacun de nous lorsqu'il se trouve dans la nécessité de surmonter tel ou tel trouble, le personnage sait se "reprendre" :
"Tu tournes le dos, enfin, et tu pousses la porte. Elle résiste. Vous remarquez aussitôt la boue qui est répandue sur les petits carrés de ciment. Vous avancez d'un pas que vous voulez ferme. Tout va bien."
Le 22 novembre 1977, Michel J. Cuny déclarait, lors d'une conférence prononcée à Saint-Dié (Vosges) :
"Ce roman a été construit à la suite d'une réflexion sur les fonctions du langage dans la société occidentale contemporaine.
Il porte en lui-même, de façon claire, la faille qui divise chacun de nous intérieurement et qui se nomme aliénation, c'est-à-dire le fait d'échapper à soi. Notre être-dans-le-monde nous est volé par le discours social qui nous hante et qui nous investit, bon gré, mal gré. J'appelle "être-dans-le-monde", la perception que nous avons ou que nous n'avons pas de notre liberté d'êtres humains, et l'usage que nous faisons ou que nous ne faisons pas de cette liberté.
Plus simplement... La distinction tu/vous est le lieu où se joue le malheur de Simone et le nôtre."
22 juillet 2008
Les samedis de mai
Michel J. Cuny - Les samedis de mai, roman, 1980, 91 pages, 10 euros (port compris)
Ecrit en 1980 pour rendre compte de ce qu'un ouvrier de vingt ans pouvait vivre en mai 1968 dans une des petites entreprises textiles détenues en terre vosgienne par Marcel Boussac, ce livre fait le pari d'user, lui aussi, d'une parole libérée, et d'autant plus libérée qu'on l'entend ici un samedi soir, vers 22 heures 30...
" - Hé, doucement!... Là, tu peux y aller...
- Purée, t'as vu ce monde?
- Je vous l'avais dit : avec "Claude Poutot", ça rapplique... Bon, vous faites gaffe à vos portières, hein : on ne sait jamais...
Le fric au creux de la poche, je cours. Attention à pas mettre le pied dans une flaque... Il est où, lui?... Déjà à l'abri. Il a l'air en forme!... "
Nous aussi peut-être, d'autant qu'à ce moment surgissaient, dans l'effervescence du Quartier Latin ou de Nanterre, des tracts comme celui-ci que nous retrouvons à la page 8 :
" ETUDIANTS, LEVEE EN MASSE!
Servir la cause du peuple. Voilà notre programme. Deux voies s'offrent aux étudiants : devenir les fidèles larbins du capital ou se mettre au service des ouvriers, des travailleurs, des paysans pauvres. C'est du côté du peuple que nous avons choisi de nous ranger. "
Certes, pour Pascal, dont le père est mort depuis quelques années déjà, le pouvoir quotidien, c'est d'abord le chef d'équipe. D'où les craintes de sa mère, une "brave femme", comme on dit :
" - Ça te mènera où, tout ça?
- Aie pas peur : je veux tout juste lui montrer que je ne suis pas son larbin.
- Tu risques plutôt de te faire mal voir...
- Tu parles : il m'a dans le nez depuis longtemps, depuis le foot...
- Enfin, Pascal, je te comprends pas : tu viens de trouver une bonne place, et tu commences déjà à te créer des difficultés... Je suis pas allée voir le directeur, pour le plaisir : je l'ai presque supplié... Je lui ai promis que tu te tiendrais bien. "
Nous sommes déjà le 6 mai. Le livre s'arrêtera au 4 juin, après la série des rebondissements de mai 68 et alors que, sans le savoir, Pascal a mis le doigt dans l'engrenage de la vie telle qu'elle se range après les effervescences habituelles de quelques samedis soir où une certaine jeunesse aura parfois vibré autant que les étudiants refaisant le monde, un pavé à la main, du côté du boulevard Saint-Michel...
22 août 2008
Le dernier chemin
Françoise Petitdemange - Le dernier chemin, roman, 1981, 151 pages, 15 euros (port compris).
paysanne des Hautes-Vosges,
elle le parcourt
à l'écoute de ses vieux ans
et elle entend la vie.
Son univers spatial qui s'étend de sa personne au village, son univers temporel scandé par la pendule, elle les vit, les emplit de sa présence : de son silence, de ses actes quotidiens, de ses pensées.
" ... Elle attendit un peu devant la tasse vide et se leva. Elle ferma la radio, et passa à la petite chambre.
Il y faisait bon, et quand le soleil donnait sur la fenêtre, c'était encore mieux.
De sa place, elle voyait la route. Il ne passait personne. Elle resta un moment à regarder.
Elle s'allongea sur le lit, et ferma les yeux. Elle ne se sentait pas fatiguée, mais ça ferait passer le temps."
Le passé lointain ressurgit au long du chemin comme une trace de sa vie qu'elle reconstitue au présent.
" Elle savait bien. Elle y était allée une fois, là-bas. C'était après leur mariage, juste après. C'était lui qui avait voulu. Autrement, elle n'y serait jamais allée. Elle était trop vieille maintenant...
Il avait voulu. Et quand il voulait, elle devait. Surtout qu'il lui avait dit : "Allez, viens. Des voyages comme ça, t'en r'f'ras pas deux dans ta vie."
Et elle n'y était jamais retournée une fois là-bas. Mais elle se rappelait bien : c'était beau, c'était grand, on ne s'y retrouvait pas, et ça allait - venait dans tous les sens. Oh que oui! Pour ça, ça courait. Il l'avait prévenue : "Tâche de m' suivre. Ici, on est vite perdu."
Et puis, un certain moment, les jambes ne veulent plus la porter, les bras ne peuvent plus rien faire, et la tête ne veut plus rien savoir.
" Ils avaient le corps usé.
Le corps, c'était quelque chose qui permettait de faire le travail. Mais quand c'était fatigué, que ça se détraquait, et que c'était usé, ça ne voulait plus rien faire. C'était le corps qui se révoltait : il devenait malade parce qu'il avait trop servi. Les jambes ne voulaient plus porter. Et la tête ne voulait plus rien savoir. "
Car la vieille conscience, elle est portée par quelque soixante-dix ans d'une vie dure de paysanne. Et pour l'heure, elle bat ce qui lui reste de campagne : les souvenirs, les objets, les gens. Puisque pour la vieille femme, il est question d'assumer le plus loin possible les restes de rapports sociaux et les détours que prend sa conscience quand s'efface le monde et qu'elle le réinvente.
" - La guerre. Ah oui la guerre. Eh ben, ça n'a fait que des... que des malheureux. Voilà.
Ils la regardaient...
- Oui, oui. Des malheureux. Y a qu'à voir ici. Et partout, partout...
- Ah ça y a eu des villages entiers qui ont été détruits. Des maisons brûlées. Et puis des villages où tous les gens qui étaient partis ne sont jamais rev'nus.
Il ne disait rien l'Emile. Et l'Hippolyte, il écoutait. Mais le vieux Gérardin, c'était un acharné celui-là. "
La vieille dame débloque. Elle dé-bloque.
C'est alors que la conscience sort des sentiers battus
par ce qui fait qu'il y a une censure sur la vie,
c'est alors qu'elle est ouverture sur autre chose :
un monde qu'elle reconstruit à partir de ce qui l'occupe :
l'à venir, le bout du chemin, la mort.
Et l'amour?
15 septembre 2008
La clef des champs
Michel J. Cuny et Françoise Petitdemange - La clef des champs, récit autobiographique, 1990, 170 pages, 15 euros (port compris)
En 1990, alors qu'ils vivent de l'écriture depuis quatorze ans, Michel J. Cuny et Françoise Petitdemange décident de coucher sur le papier les moments essentiels de l'aventure en quoi a consisté pour eux la diffusion de leurs ouvrages.
Les voici, par exemple, en juillet 1983 : "A Mâcon, nous nous étions installés dans un hôtel parfaitement minable." Circonstance particulière : "... l'achat du bloc de papier pelure de couleur jaune qui devait nous servir de brouillon pour le gros livre alors en préparation : Le feu sous la cendre." Quelques jours s'écoulent, et puis, qu'était-ce?... "Le 14, le 15 juillet 1983? La gendarmerie le sait mieux que nous... Quoi qu'il en soit, ce matin-là, nous avions quitté la chambre vers 10 heures. A midi, nous y étions revenus, prêts à reprendre notre tout jeune manuscrit. Revenus, ou presque... Car, avant de pousser la porte, il faut évidemment saluer le... gendarme que voici... Que peut-il bien faire là? / - Vous n'avez rien entendu, pendant la nuit? / - Non... / La porte de la chambre voisine est entrouverte... Un second gendarme... Plus bas, à l'horizontale, une jambe nue. / - Que s'est-il passé? / - Il s'est pendu. / - Qui était-il? D'où venait-il? Il paraît que l'enquête a fait long feu... Seules certitudes : il avait environ trente-cinq ans, était marié, père de deux enfants, et en instance de divorce."
Après trois années à Lyon, durant lesquelles "Le feu sous la cendre" est mis au net puis imprimé, direction plein Sud : "Valence, Montélimar, Avignon, Nîmes, puis ce furent Montpellier, Marseille, Toulon... Enhardis, nous allions, durant l'an de grâce 1989, nous éblouir de la France entière... Résultat, pour l'année, au compteur de notre tout petit bolide : 50 000 kilomètres..."
Et ce n'était encore qu'un tout petit début, en même temps qu'une expérience déjà bien affirmée : "Conséquence de nos voyages : nous voici devenus des spécialistes tout à la fois des bibliothèques municipales et de comités d'entreprise. Ce qui nous permet de mettre des visages en regard du papier Job, des poêles Tefal, des briquets Dupont, et puis encore de Philips, Alsthom, Aérospatiale, I.B.M., Imprimerie Nationale, Générale Sucrière, Péchiney, Rhône-Poulenc, Saint-Gobain, etc., sans parler du réseau bancaire ni des diverses administrations... Mais aussi d'être maintenant particulièrement attachés à des villes ou à des villages comme La Voulte-sur-Rhône, Cambronne-lès-Clermont (1000 habitants), Fragnes (700 habitants), Albertville, Dunkerque, Canteleu-Croisset (chez monsieur Gustave Flaubert), Charleville-Mézières (chez Arthur Rimbaud), Ustaritz (pays basque, moins de 5000 habitants), Saint-Nicolas-de-Port, Grandfontaine (Doubs), Guebwiller, Blagnac, Montauban, Saint-Médard-en-Jallès, Guéret, La Baule, Varennes-Vauzelles, Roubaix, Wervick-Sud, Courrières, Douai, Denain, Elbeuf, Téteghem, Cannes, Nice, Menton (ces trois dernières pour 1990), ainsi qu'à plusieurs centaines d'autres, dont nous espérons pouvoir donner un jour ou l'autre une liste exhaustive."
Mais un début... Encore qu'un début.
17 septembre 2008
Folles errances
Michel J. Cuny - Folles errances - ou l'amour déchiré, roman, 1993, 115 pages, 12 euros (port compris)
Publié en 1993, alors qu'il avait été rédigé dix-huit ans plus tôt sans que les "échafaudages" qui multipliaient indûment son volume par trois aient pu, auparavant, lui être enlevés, ce roman déploie une situation d'amour qui se joue uniquement sur le rapport de paroles saisies dans une poésie du déchirement, qui elle-même n'a d'autre raison d'être que la ferme volonté d'accentuer la "courtoisie" de l'amour...
Amour courtois, donc : "Ta belle exubérance, Écorchée de tes pleurs, Se tapit en silence, Sous un rien de pâleur."
Mais amour courtois que l'on voit entrer ici dans la réciprocité... qui fait de ce roman le lieu d'une rencontre conséquemment aussi inouïe que désespérée :
"- Avec toi, toujours... Tu es revenu, je te garde... J'ai le vent de ta vie pour faire battre mon étendard. Connais-tu d'autres rivages que le mien?
- Oui, princesse attendue, et j'y retournerai...
Il reprend lentement :
- Et j'y retournerai."
C'est donc au plus serré de la rencontre, que l'amour se découvre comme ce qui va aussi loin que possible dans la direction de la déchirure. Car, tout de même, la mort attend aussi, et peut-être surtout, ceux et celles qui osent le pari du grand amour :
"- Je t'accueille pour réponse immédiate à toute ma vie d'ici face à ton sourire. Multiplie aussitôt ma parole, si tu peux. L'excellence de notre présent se devine à l'ombre que ne voici plus impalpable... Marie! ciel de souvenirs sur moi relevés, je trépigne de la phrase d'ensuite!...
- Je te la distribue toute par la prudence, ainsi faite, de mon corps avoué. L'échouage en est assuré, autant que je puis croire. Et le plus lointain soleil, si je l'osais, serait trop pâle à cette soirée de candeur et d'ivresse surtout..."
Petite affaire, dans le monde ainsi qu'il va, ainsi qu'il dévale!...
18 septembre 2008
la toiture a pédals
Françoise Petitdemange - la toiture a pédals, roman, 1993, 229 pages, 15 euros (port compris)
Après avoir bien joué avec le papier d'emballage, voici le moment, pour Philippe, de découvrir le cadeau que vient de lui offrir sa marraine à l'occasion de ses trois ans.
- oh une touèture! / - Mais non, vvvoi-ture, répète. / - tttouè-ture!
une touèture! une touèture a ilipe une touèture iouje
- Eh ben, monte dedans, ne marche pas à côté. / - Attends, papa...
papa souve ilipe ilipe souvé papa ilipe an touèture
- Mets tes pieds sur les pédales. Tiens, là. Mets tes mains, là, et pousse avec tes pieds.
lé petons a ilipe su pédals papa pousse touèture è ilipe pati vèc touèture
- Tiens, t'as même le klaxon.
"tut!"
Pour Philippe, le monde est peuplé de jouets : les personnes, les choses, les sons, et puis, bien sûr...
- cè coi dé mos?
ilipe i lè su lé jenous de papa è i rga lé mos
- C'est tout ce qu'on dit quand on parle. / - cè coi con di? / - Tous les mots : Philippe, c'est un mot ; maman, c'est un mot ; papa, c'est un mot.
è touèture?
- C'est aussi un mot.
è rouje?
- C'est encore un mot.
è nounous?
- Nounous aussi, c'est un mot. C'est tout ce qu'on dit quand on parle. / - cè ki on?
Mais bientôt, il va falloir quitter "maman è papa", "nounous è toiture", et puis aussi les mots d'une langue, bien à lui, forgée de toutes pièces dans sa bouche.
- D'abord, papa, il va t'apprendre à dire ton nom.
"ton non"
- Tu es grand maintenant, tu n'es plus un bébé : tu ne peux plus dire Ilippe.
"a lécole tou le monde se mokrè de touè"
- A l'école, tu devras bien dire Philippe. Tu comprends?
papa la lé ieux sévèrs
- conpri ilipe
Et puis un jour, un autre capte toutes les attentions.
le pti frèr i lè dan lé bras de papa
- Cyrille!
i lapèle papa mé
- i nè pa trè côzan
i la dé toutes petites mins épi dé tous petis piés / je pouré pa jouer avèc lui o fout
- cè can ke je pouré jouer avèc? / - Pas tout de suite. Il faut encore qu'il grandisse un peu.
i va ancor faloir du tan pour ki soi gran
Philippe, lui, il est grand. Et il va à l'école. Et à l'école, il y a Isabelle.
maman
- Philippe! Alors, tu viens?
maman el a le pti frère a la méson philippe i la babel a lécole / lés petis garsons è lés petites filles i regarde maman tou laba o fon de la cour / mé philippe i bouje pa / laca venir
- Alors, tu viens!
maman vien chèrcher philippe / lés petis garsons è lés petites filles i dise o rvouar a philippe / moi i fè un pchou avèc la min o petis garsons è o petites filles
- Ça fait cinq minutes que je t'attends, près de la porte. Tout à l'heure, tu ne voulais pas aller à l'école.
Pour Philippe, tout est spectacle. Et la télévision n'est autre chose qu'une boîte à fabriquer du spectacle pour petits et grands.
- chchchuttt!
lés me sieus i côze plu i regarde la télé è i zécoute lés me sieus qui parle dan la télé / philippe i se mè assi partèr acoté dés me sieus sur lés chèzes / cè rigolo lés me sieus qui joue o ballon / mé philippe i voi pa le ballon è lés me sieus i son tou petis petis petis / ya dés me sieus qui on dés chorts bleus épi ya dés me sieus qui on dés chorts blans
- cè qui lés me sieus qui joue? / - La France contre l'Italie.
i di le me sieu jorjel
- lafranse contre litali?
L'événement, ce peut être le retour à la maison d'un objet qui, pour être réparé, est resté tellement longtemps en dehors de l'univers quotidien qu'on l'avait perdu de vue. Le voici, tout à coup, qui ressurgit...
- Tu bouges pas, hein, gamin. Je recule la camionnette.
le mesieu la disparu / è la camionète el recule tou doussman
- tien on va ravoir de la muzic
philippe i va voir
- papa! vla la boite a muzic! vla la boite a / - La boîte à musique? / - ouiii / - Le juke-boxe, il veut dire.
Frédéric, c'est le copain, le gêneur, le grand frère, le rival, le confident, l'ami dont, à quatre ans et demi, Philippe n'imagine pas pouvoir se séparer.
- vien nounours on i va san voiture
philippe i sore de la voiture è i coure tou vite
- fré!-dé!-ric! / - ouhou!
philippe i retien nounours toucontre son coeur avèc le livre è la pome è...
25 septembre 2008
Cantilènes pour le XXIème siècle
Michel J. Cuny - Cantilènes pour le XXIème siècle, roman, 1996, 330 pages, 20 euros (port compris)
À partir d'une décision mûrement réfléchie de ne plus se revoir pendant deux années, un père et sa fille de dix-sept ans entreprennent une corres-pondance dont le but est de porter aussi loin que possible la ferveur qui les réunit autour d'un même questionnement : qu'est-ce que l'amour tel qu'il s'annonce au seuil de la vie d'adulte? quelles sont ces exigences qui naissent avec lui, et qui parfois sont déjà mortes aussitôt qu'à peine pressenties?
"Isabelle, ma douce, Je les ai bien vues, ces deux larmes scintillant dans tes yeux. Et aussi, et surtout, ce beau mouvement de tête que j'aime tant, et qui te fait apparaître si belle et si fière sous les coups qui te frappent. L'instant était sans doute de ceux qui fixent une destinée entière. Mais, deux ans, petite fille, ce sera long, et je me maudis déjà de n'en avoir pas exigé la moitié seulement."
C'est alors qu' apparaît une troublante concordance des temps...
"Papa chéri, en deux lettres, tu viens de me rattacher à ton amour de dix-sept ans. Comme je crois bien te connaître, je pense qu'il y a en toi quelque chose qui chemine et à quoi tu ne renonceras pas, quoi qu'il advienne. Eh bien, moi non plus! Alors, il faut certainement que tu en définisses toi-même d'urgence les conditions, mais je ne vois pas comment je pourrais éviter de te réclamer ma juste part de complicité dans ce retour au passé."
Une seconde correspondance s'ouvrira bientôt en direction de ce passé désormais éloigné de vingt-cinq années...
"Je n'étais alors qu'un enfant au milieu des jeux de l'amour. Et vous, vous étiez si belle et si majestueuse qu'il me semble ne pas avoir été seul à vous croire venue d'une autre planète. Seulement, il y a eu, un jour, votre regard dans le mien. Était-ce un hasard ou la conséquence d'une soudaine forfanterie de ma part? En me croisant, vous m'avez regardé droit dans les yeux : ce fut tout à coup comme un gigantesque roulement de tambour ; comme un ouragan mais si paisible ; comme le saut dans un univers tapissé de coton et bercé par l'un des derniers quatuors de Beethoven."
Avec ses dix-sept puis dix-huit ans, voici Isabelle, la fille de Rémi, comme Claire, la jeune fille d'autrefois "mystérieuse âme soeur de ces cours de lycée où passent et repassent des jeunes filles aux regards éblouissants de toutes les délicatesses, de toutes les saveurs et de tous les mirages".
Comment l'initier à ces "exigences qui parfois sont déjà mortes aussitôt qu'à peine pressenties"?















