Michel J. Cuny- Le procès impossible de Charles de Gaulle, essai, 2005, 478 pages, 29 euros.

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   Qu'on imagine entendre la lecture de cet arrêt de renvoi : "Vu le réquisitoire du procureur général, Vu les pièces de la procédure, Attendu que, de l'instruction, il résulte contre le sus-nommé de Gaulle, charges suffisantes d'avoir, depuis un temps non prescrit, commis le crime de haute trahison en violant à diverses reprises la Constitution dont, en sa qualité de président de la République, il était le gardien, crime prévu et puni par l'article 68 alinéa premier de cette Constitution.

   En conséquence, Ordonne la mise en accusation du sus-nommé de Gaulle et le renvoie devant la Haute Cour de Justice pour y répondre du crime ci-dessus spécifié."

   En douze audiences qui voient défiler l'essentiel des responsables politiques qui auront côtoyé le général de Gaulle entre 1940 et 1969, c'est la souveraineté populaire qui se documente sur ce qu'a été la réalité même des actes de cet homme à propos de qui Alain Peyrefitte a pu écrire : "La vérité de de Gaulle, c'est sa légende."

   Cités dans le mot-à-mot de leurs écrits, apparaissent, entre autres : René Cassin, Claude Bouchinet-Serreulles, Pierre Cot, le général Catroux, Maurice Kriegel-Valrimont, Jean Sainteny, Pierre Mendès France, Michel Debré, Alain Peyrefitte, Jacques Foccart... et, avec eux, la Résistance, la guerre d'Indochine, le retour en 1958, les enjeux de la Cinquième République, mai 68, le départ en 1969, etc...

   Extrait de la septième audience, voici le témoignage de Claude Guy, aide de camp du Général entre janvier 1946 et septembre 1949. C'est la défense de Charles de Gaulle qui, par la voix du bâtonnier, l'interroge :

   "M. le bâtonnier : - Rappelez-nous, monsieur Claude Guy, le désarroi qu'il manifestait, lui, l'infatigable combattant de la grandeur et de la puissance de la France, au lendemain des scènes de violence qui avaient émaillé la grève des transports à Marseille le 9 novembre 1947...

   M. Claude Guy : « Quand je pense! Tant de bruit pour l'affaire de Marseille! Tant de boucan à propos de quoi? Un seul malheureux type tué et les communistes cherchent à déclencher la grève générale! »

   M. le bâtonnier : - Heureusement, le 5 décembre suivant, un événement d'une tout autre importance l'aide à reprendre espoir en la France.

   M. Claude Guy : - Il attache de l'importance au fait que les gardes mobiles ont fait, pour la première fois, usage de leurs armes, durant la grève en cours. Il prédit sans passion :  « Vous allez voir... Dorénavant, les hommes chargés du service d'ordre vont constater que, pour n'avoir pas tiré, certains de leurs camarades ont été tués ou blessés. Alors?... Eh bien, alors, ils tireront la prochaine fois!... Ce qui contrastera, d'ailleurs, avec l'attitude d'un gouvernement qui, lui, n'osera jamais tirer! Schuman, voilà leur grand homme! Eh bien, vous verrez : Schuman n'osera jamais tirer. »

   Au même moment, on mourait beaucoup en Indochine... Et en vertu de la décision personnelle de qui?...